Je présenterai les termes utilisés en héraldique, actuels, anciens, rares ou plus du tout usités, pour ensuite les illustrer. Les images sont tirées de l'Armorial Le Blancq (LBQ), de l'Armorial de l'Arlberg (ARL), de l'Armorial de la Toison d'Or (ETO), du Powell's Roll (PO), des ouvrages de Foster (1902) et de Parker (1894), ainsi que du Dictionnaire du blason d'E. de Boos.
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"d'azur au besant d'or", [Mis ?], Armorial Le Blancq, Bretagne, f°99v (©BNF) |
[FRA besanté ; ENG bezanty ; DEU mit Metallscheiben besät ; NED beladen met besanten ; ESP bezanteado; ITA addenaiato ou bisantato]
[FRA tourteau ; ENG roundel ; DEU Scheibe von Farbe ; NED koek ; ESP roel ou tortillo ; ITA torta]
Et par couleur :
[FRA gulpe (tourteau de pourpre) ; ENG golpe]
[FRA guse (tourteau de gueules) ; ENG torteau (gueules) et guze (sanguine)]
[FRA heurte (tourteau d'azur) ; ENG hurt]
[FRA ogoesse (tourteau de sable) ; ENG pellet, ogress ou gunstone]
[FRA pomme ou volet (tourteau de sinople) ; ENG pome ou pomme]
[FRA plate (besant d'argent) ; ENG plate]
• Étymologie
-- besant [CNRTL] 1100 numism. "monnaie byzantine d’or ou d’argent" ; Du b.lat. byzantius (nummus) "monnaie d’or d’époque byzantine"
-- besanté [DMF] Part. passé en empl. adj. -– "Qui est orné de besants de broderie", 1405-1406. -– hérald. "Qui est semé de besants", v. 1435-1450 ; [TL, GD : besanter ; FEW I, 669b : byzantius]
-- tourteau [CNRTL] 1. XIIe s. "pain rond" ; 2. XIIIe s. Flandre agric. (XIIe et XIIIe s. en lang. rom. wall. du nord de la France : tourtiaus, plur.) ; Dér. de tourte ; suff. -eau.
-- tourte [CNRTL] v. 1200 "pain rond" ; 2. v. 1393 "tarte de forme ronde (à la viande, au poisson...)" ; Du b.lat. torta "pain rond, tourte", att. dans l’expr. torta panis, fém. subst. du lat. class. tortus "tordu".
N.B. du 2 février 2013 pour les termes de couleurs : l'étymologie est difficile à établir pour certains termes (gulpe, guse, heurte et volet) et je n'ai gardé que celles qui paraissaient plausibles (ogresse, plate, pomme). Une enquête serait nécessaire pour essayer de trouver l'origine de chacun des termes, ce que j'ai esquissé dans la partie suivante.
-- ogoesse ~ ogresse [CNRTL] Prob. altération, par métathèse du -r- due peut-être à l'infl. de mots tels que bougre, de orc, du lat. Orcus "nom d'une divinité infernale" puis "les enfers" eux-mêmes (cf. ital. orco "croque-mitaine", sarde orcu "démon", cat. orc "personne gênante" qui font préférer l'hyp. lat. Orcus à celle de REW3, 6048 qui fait remonter le mot à Hongrois, à cause des dévastations des Hongrois (Hongres, Oïgours) dans l'Occident au Moyen Âge)
-- plate [CNRTL] Empr. à l'esp. plata "argent" att. en Catalogne en 1125, lui-même empr. soit à l'a. prov. plata "plaque, lame, lingot" en partic. "argent", soit à l'a. fr. plate de même sens en partic. dans les expr. or argent an plates.
-- pomme [CNRTL] Du lat. poma, plur. neutre coll., pris comme subst. fém. sing., de pomum "fruit d'un arbre, fruit à pépins ou à noyau", qui, en lat. tardif, a pris le sens de "pomme"
• Les termes du champ lexical de "besant/tourteau" et leur évolution
besant ou rondel / rondeaus existent en AF (Brault), avec le diminutif besantel. On trouve ensuite la forme besan, besands, pesans dans LBQ (1560), puis besans chez BARA, PALL et MEN1. Il prend, depuis, la forme besant (cité dès FURE, 1690).
besanté (variantes besancié, o bezanz, besanté de petiz besanteaus) en AF (Brault) ; besandé dans BIG (1254) jusqu’à LBQ (1560) ; besanté chez PALL (1660) et les auteurs plus récents.
[tourteau] tourtel (ou gastel, pelote et meule ~ meulet) en AF (Brault) ; tortiax dans BIG (1254) ; tortiaus dans CP (v. 1290) ; torteau ou tourteaulx dans ORL (av. 1342), turteux dans TJ (1425-50), tourte, tourteaul et tourteau dans LBQ (1560) ; torteau ou tourteau chez BARA (1579) ; tourteau à partir de PALL (1660).
Dans TJ (1425-50), pelot désigne indifféremment "besant" ou "tourteau" et pomelee est utilisé pour signifier “besanté” ; un tourteau seul est appelé sphère spere ; un semé de tourteaux est dit tortusee.
Un semé de besants ou tourteaux minuscules se dit semé de grains dans CP (v. 1290).
NB du 2 février 2013 (suite). Les termes gulpe, guse, heurte, ogoesse, plate, pomme et volet sont apparus tardivement dans les Traités d'Héraldique en France, signalés par Palliot en 1660 dans La vraye et parfaicte science des armoiries (réédition de 1664, sous Ogoesses, p. 476). Peu de temps auparavant, Vulson de la Colombière (1644, La science héroïque, p. 156-157) donnait les variantes graphiques gulpes, guses ou buses, heurtes, ogeosses ou balles, plattes, pommes, et indiquait leur source comme étant Geliot, Indice armorial (1635, p. 271) et certains auteurs anglais.
Si l'on regarde du côté anglais, Guillim, dans Display of Heraldry (1611, p. 226), mentionnait les termes suivants : Or (Beisants), Argent (Plates), Vert (Pomeis), Light Blew (Heurts), Sable (Pellets), Purple (Golpes), Tennè (Orenges), Sanguine (Guzes) et Gules (Torteaux).
Guillim reprenait les termes de Gerard Leigh qui, dans The Accedence of Armorie (1562 réédité en 1597, p. 86v-88v) indiquait : beisants (gold), plates (silver), pomeis (greene Apples), hurtes (light blewe), Ogresses (pellets of guns, Sable), Golpes (woundes), Orenges (Orenge), Guzes (ball of the eye, Sanguin), torteauxes (cakes of bread).
Thomas Moule dans la Bibliotheca Heraldica (1822, p. 17) a émis l'hypothèse que la source des informations données par G. Leigh dans son Traité était tirée d'ailleurs : "Nisbet says, that the Accedence of Armorie is taken almost verbatim from a translation of an old French MS. by one William Gaxton (Caxton), an Englishman".
Le manuscrit pourrait être The Boke of the Order of Chivalry or Knighthode (traduit par W. Caxton et publié en 1484). Si ce manuscrit correspond à l'Ordene de chevalerie, il n'expliquerait pas l'origine des termes recherchés. Il faudrait alors continuer l'enquête...
• Richesse du vocabulaire
Certains utilisent le terme balle quand ils veulent blasonner une figure dont ils ignorent la couleur, comme on en rencontre sur les sceaux et dans des écus "de l'un en l'autre".
On trouve après 1600 (Guillim, Geliot), une démultiplication des appellations des besants/tourteaux selon leur couleur : en plus de besant alors réservé à l'or, on rencontre : gulpe (pourpre), guse (gueules), heurte (azur), ogoesse (sable), pomme ou volet (sinople). Le besant d’argent est alors dénommé plate.
Un besant d’argent, traversé de fasces ondées d’azur (ou de sinople) appelées sources, a pour nom fontaine héraldique ou vivier (figure spécifique à l’héraldique anglaise). Une fontaine héraldique d’or et de sable serait appelée puits de pétrole (Veyrin-Forrer).
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"d’argent à trois boules de gueules, au chef de l’Empire", Pie XI Ratti, Boesch (d'après Boos 338) |
• Pour aller plus loin
-- la disposition des besants/tourteaux est relativement stable selon leur nombre
-- les besants/tourteaux peuvent aussi occuper la place et la forme de différentes pièces (canton, bande, croix, pal, bordure)
En conclusion, s'il est important de connaître tous les termes qui permettent d'identifier exactement la figure décrite dans les armoriaux ou dans les traités anciens, il est préférable actuellement d'utiliser seulement deux termes : besant et tourteau.
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