lundi 23 avril 2012

Les créquiers de l'illustre maison de Créquy

La maison de Créquy (ou Créqui) fait partie des trois grandes familles françaises dont l'ancienneté remonte aux premiers temps de l'héraldique et même avant, et qui sont si connues qu'on disait autrefois :
"Ailly, Mailly, Créquy
Tels noms, telles armes, tels crys"
Jean V de Créquy, Grand Armorial Equestre de la Toison d'Or, v. 1450 ©BNF
   La formule indique que, pour chacune des trois familles, le nom de famille était le même que les armes (armoiries parlantes) et que le cri de guerre : ils partaient au combat en criant "Créquy !", "Mailly !" ou "Ailly !".
   Pour ceux qui s'intéressent à la généalogie des Créquy, ils peuvent la consulter sur le site "L'illustre famille de Créquy". En proviennent certaines illustrations de sceaux dont je ne présenterai que ceux qui pourront servir le propos de mon billet.
N.B. Mis à jour le 16 nov. 2014.

   Les Créquy, originaires de l'Artois, portent des armes parlantes.
   Les armes parlantes sont des illustrations dont un élément au moins est "parlant", c’est-à-dire en relation avec le patronyme, le nom de terre ou l’histoire familiale.
   Le Moyen Âge les appelaient joliment "chantantes", et c’est ainsi qu’on les nomme toujours en anglais (canting arms).
   Les armes Créquy sont un exemple d’évolution d’armes parlantes au niveau graphique, plus signifcatif dans les armoriaux que sur les sceaux. En effet, dans les armoriaux, on rencontre un dessin d’arbre qui, après plusieurs variantes, prend sa forme stylisée, tellement connue qu’on l’utilise pour décrire d’autres écus. Au niveau sémantique, de la forme arbre, il prend rapidement la forme spécialisée et parlante de créquier.

La langue
   Le nom des Créquy est à mettre en relation avec le mot picard créquier "prunier sauvage, prunellier" dont le fruit est appelé la crèque,
   L'information étymologique peut être trouvée sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) :
CRÉQUIER, subst. masc.
A.− Région. (Nord). Prunier sauvage (d'apr. Privat-Foc. 1870).
B.− HÉRALD. "Meuble de l'écu qui représente un arbre imaginaire, sorte de prunier sauvage, avec ses sept branches présentant un fruit au bout de chacune d'elles, et ses racines" (L'Hist. et ses méth., 1961, p. 759). D'or au créquier de gueules (Du Camp, Hollande, 1859, p. 31).
Prononc. et Orth. : [kʀekje]. Ds Ac. 1762-1878.
Étymol. et Hist. 1. 1280-90 bot. crekere (G. de Bibbesworth, Traité, éd. A. Owen, 675); 2. fin XIVe s. hérald. (Armorial de France, Cab. hist. VI, 228 ds Gdf. Compl.). Dér. de creque (fin XIIe s. ds FEW t. 16, p. 387 b; 1280-90, G. de Bibbesworth, loc. cit.), terme normanno-picard, empr. au m. néerl. de l'est crieke "prune" (Verdam) correspondant au m. b. all. kreke (all. Krieche "Prunus insitiata").
ou directement sur le site du Dictionnaire du Moyen Français (DMF, 1330-1500) :
CREQUIER, subst. masc.
[GDC : crequier ; FEW XVI, 387b : crieke ; TLF VI, 467b : créquier]
"Arbrisseau épineux des haies, prunier sauvage"
CREQUE, subst. fém.
[TL, GDC : creque ; GD : creke ; FEW XVI, 387a : crieke]
Région. (Normandie, Picardie) "Fruit du prunellier, prunelle"
   Dans les armoriaux, l'écu de la maison de Créquy est blasonné :
1285 -- Le sire de Crequi porte dor a j arbre de gueulles. (Armorial Vermandois 243) ["j" sert à noter le chiffre "1"]
1560 -- Le seigneur de Crecquy porte d’or à ung crecquier de geulles. (Armorial Le Blancq 1495)
1560 -- Le seigneur Crequy porte de Crecquy à une merlette de sable au canton dextre de l’escu. (Armorial Le Blancq 1762)
2004 -- baudoui de cqui [d’or au créquier de gueules = blasonnement restitué à partir d'un armorial en images, Armorial Le Breton 503, 1292-1295]

Les images
   Elles sont composée de sceaux (emblèmes personnels servant à authentifier un acte), d'illustrations tirées d'armoriaux (recueil d'armoiries en images) ou décorant des manuscrits et parfois des panneaux armoriés (en bois).
   On constate que les sceaux présentent une silhouette bien homogène alors que les armoriaux et les manuscrits anciens proposent plusieurs variantes assez éloignées les unes des autres. En effet, les sceaux étaient commandés par ceux qui les utilisaient d'où une fiabilité de l'image, alors que les armoriaux et les manuscrits étaient faits pour de grands seigneurs par des spécialistes de l'héraldique, certes, mais qui ne connaissaient pas toujours ce qu'était un créquier et pouvaient le "traduire" par un arbre quelconque.
   Une autre grande différence entre les sceaux et les armoriaux, c'est qu'un sceau servait à sceller un acte et pouvait donc être daté au jour près, alors que les armoriaux étaient composés sur une ou plusieurs dizaines d'années, d'où une datation bien plus floue.

sur les sceaux (empreintes de sceaux armoriés, en cire, datés de 1234 à 1483)
-- 1234, sceau de Philippe de Créquy (©cliché Matthieu Becuwe)
-- 1380, sceau d'Enguerrand le Bègue de Créquy (©cliché Matthieu Becuwe)
-- 1412, sceau de Regnaut de Créquy, seigneur de Contes (cité dans Clairembault 2988) (©cliché Matthieu Becuwe)
dans les armoriaux
-- 1292-1295, baudoin de crequi, Armorial Le Breton, Ms AE I 25, n°6, MM684, p. 36(?) (©Archives Nationales)
-- 1375, Crequy, Armorial du héraut Navarre, Ms Fr 24920, f°53v (©BNF)
-- v. 1390, Le sire de CréquiArmorial dit du héraut Beyeren, Vienne, Cod. 3297, f°15v, 12 (d'après Boos 808)
-- 1400-1430, s' de creky, [Armorial], Pays-Bas méridionaux ou Nord de la France,
Ms KBR IV 1249, f° 33r (©KBR)
-- v. 1405, Der heer van creky, Heinen (Claes), Wappenboek Beyeren,
Ms KB 79K21, f° 051v (©Koninklijke Bibliotheek)
-- 1430-1461, Jean V de Créquy, seigneur de Créquy et de Canaples,
Grand Armorial équestre de la Toison d'Or, Ms BNF Arsenal 4790, Artois f°74 (©BNF)
[le dessin de l'arbuste comprend nettement des épines,
ce qui irait fort bien avec la devise des Créquy : "Nul ne s'y frotte !"]
-- 1460-70, Jehan de Crequy et de CanaplesPetit Armorial de la Toison d'Or,
Ms Clairambault 1312, f°304 (©BNF, images visibles ici en saisissant "Clairambault 1312")
-- 1500-1590, Crequi, d'or au crequier de geulles,
Armorial de France et du sud des Pays-Bas, Den Haag, Ms. KB, 128 E 20, f° 19r (©KB)
-- v. 1558, Le sr de crequy (1), Universeel wapenboek, Ms. KIK-IRPA 20013031
(© KIK-IRPA, Brussels (Belgium), cliché KM1188)
-- v. 1558, Le sr de crequy (1), Universeel wapenboek, Ms. KIK-IRPA 20013031
(© KIK-IRPA, Brussels (Belgium), cliché KM1337)
-- 1560, Le seigneur de Crequy, Armorial Le Blancq, Ms Fr 5232, f° 177r (©BNF, Paris)
• sur les panneaux armoriés, en bois, des chevaliers de l'ordre de la Toison d'Or
-- 1445, Jean, sgr de Crequy et de Canaples, chapitre de Gand (©Lukas Art in Flanders)
-- 1456, Jehan de Crequi s. de Canaples, chapitre de La Haye (©Aultre n'auray)
-- 1468, Jehan, sgr de Crequy et de Canaples, chapitre de Bruges (©KIK-IRPA)
• dans les manuscrits sur les statuts de l'ordre de la Toison d'Or
-- 1473, Jehan de Crequy, Gobet (Gilles), Statuts, ordonnances et 
Armorial de l'Ordre de la Toison d'or, 24, Ms KB 76 E 10 (©Koninklijke Bibliotheek)
-- 1481-86, Jehan sr de Crequy et de CanaplesStatuts de l'Ordre de la Toison d'or,
Ms Harley 6199, f°60v (©The British Library)
-- 1560, Giovanni de Crequÿ, sig. di CanaplesNomi ed arme dei cavalieri del Tosone d'oro,
Ms BSB Cod-icon 286, f°11 (©BSB München)
-- v. 1590, Jehan seigneur de Crequy et de Canaples,
Livre du toison d'or, Ms. BSB Cod.icon 285, f°7v, Pays-Bas (©BSB)
• dans les manuscrits enluminés et armoriés
-- 1440-45, [Jean V de Créquy], Tyrensis (Guillelmus),
Le Livre d'Eracles, Ms. 0483, f° 001, BM d'Amiens (©IRHT, site Enluminures)
-- 1436, Créquy, Ms. 20042, f°1, BNF (©IRHT, site Des armoiries et des livres - source via Bibale)

2 commentaires:

  1. Bonjour et bienvenue dans notre petit monde de passionnés sur la toile. Bravo pour votre travail de documentation. Vos dossiers sont de vraies références encyclopédiques et fort bien illustrées.
    Je souhaite longue vie à votre blog et vous avez mon soutien sur le mien , dans mes liens favoris :
    http://herald-dick-magazine.blogspot.fr/

    amicalement

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    1. Madame,
      C'est complètement pas hasard que j'ai eu la grande surprise de découvrir votre blog avant-hier. Permettez-moi de vous féliciter pour sa grande qualité tant dans les propos que dans leur illustration. Le fait d'utiliser une iconographie historique de qualité est complètement inédite tellement l'image héraldique sur internet est gâchée par une avalanche de clip arts et autres horribles dessins vectoriels…
      Si vous m'en donnez l'autorisation, j'installerais avec grand plaisir un lien avec votre blog sur mon site internet www.laurentgranier.com
      En outre, il m'a semblé par vos références et liens choisis que vous devez être membre de la SFHS (c'est mon cas). Il me serait très agréable d'être en contact avec vous. Mon courriel est : herald@laurentgranier.com
      Je suis passionné par l'art héraldique mais aussi par tout ce qui touche aux l'images (votre blog consacré aux femmes est d'ailleurs très intéressant).
      Bien à vous,
      Laurent Granier

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