lundi 16 avril 2012

Notions - les brisures


Les brisures sont des figures qui se particularisent principalement par l'usage qui en est fait : elles servent à différencier deux individus de la même famille.
     Plein signifie que l’écu correspond aux armoiries d’un “chef d’armes”, c’est-à-dire l’aîné de la branche aînée et que ces armes ne comprennent aucune brisure, aucune marque de cadet.
     Les figures servant de brisure ne sont pas des divisions, mais peuvent être des pièces, souvent diminuées, et surtout des meubles. Ces derniers, ayant la possibilité d'être représentés en toute petite taille, se prêtent mieux à ce genre d'usage.
     Notre propos portera spécialement sur l'armorial Le Breton car il permet de mieux appréhender comment s'est construit le système des brisures.
[FRA brisure ; ENG cadency, mark of cadency ou brisure ; DEU Beizeichen ou Brisure ; ESP brisura ; ITA spezzatura]
[FRA pleines (armes -) ; ENG full]
[FRA lambel ; ENG label ; DEU Turnierkragen ; NED barensteel ; ESP lambel ; ITA lambello]
Étude des brisures dans l'armorial Le Breton
     Des figures en accompagnant une autre n'ont pas automatiquement le statut de brisure ; en revanche, des figures en chargeant une autre ont de grandes chances d’avoir joué le rôle de brisure.
     Les brisures sont de plusieurs ordres ici :
• changement de couleur avec, plus rare, changement d'un métal en fourrure,
N.B. Dans le cas de la famille Fitz-Warin, on peut penser que l'hermine est considérée comme un "second blanc" en plus d'être une brisure du blanc. Il serait intéressant de vérifier cette hypothèse, en rassemblant des armoiries comportant un champ d’argent devenu champ d’hermine.
"d'or à cinq tournelles de sable", Raoul, sire de La Tournelle [chef d'armes?], LBR 282 (©AN)
brisure par changement de couleur (sable vers azur), "d'or à cinq tournelles d'azur",
Jean de 
La Tournelle, LBR258 (©AN)

"écartelé d'argent et de gueules, le trait du coupé vivré", Fitz-Warin, ETO Angleterre, f°80 (©BNF)
brisure par changement de couleur (argent vers hermine), "écartelé d'hermine et de gueules, le trait du coupé vivré", Fitz-Warin (cadet), ETO Angleterre, f°81 (©BNF)
• ajout d’une figure brochante (lambel, bande diminuée ou bâton, bordure, quartier, chef et même lion ou aigle),
armes pleines, sans brisure : "de gueules à trois coquilles d’or", Pierre V Hideux, sgr de Chambly, LBR 245 (©AN)
brisure avec un lambel : "de gueules à trois coquilles d’or, au lambel de sable",
Pierre VI 
Hideux, sgr de Chambly, fils aîné de Pierre V, LBR 246 (©AN)

écu plein du chef d'armes, "d'argent à la fasce d'azur paillée d'or",
Jean de 
Clères (ou déjà son fils Philippe), LBR151 (©AN)

brisure par un lionceau placé en chef à dextre, "d'argent à la fasce d'azur paillée d'or,
au lionceau passant de gueules en chef à dextre", Jean de 
Clères dit le Jeune [du vivant de son père], LBR 226 (©AN)
• ajout d’une ou plusieurs figures diminuées chargeant ou accompagnant les meubles, placées parfois seules sur un quartier ou en cœur (ce qui coïncide avec le cœur de la croix),
famille non identifiée : on voit en premier le chef d'armes puis deux de ses enfants
dont les armes sont brisées en cœur d'une fleur de lis ou d'une merlette,
"de sable à la croix d'or [chargée d'une fleur /d'une merlette de gueules],
non identifié, LBR 404-405-406 (©AN)
ajout d’un motif (fretté sur fasce, semé sur champ…), moins fréquent. Ce que nous avons présenté ci-dessous est ce qui peut s'en rapprocher le plus...
"de gueules à deux fasces d'or", Jean Ier sire d'Harcourt [chef d'armes], ETO Normandie f°64v (©BNF)
brisure par changement de métal en fourrure (or en hermine), "de gueules à deux fasces d'hermine",
Robert Ier d'
Harcourt [frère de Jean Ier], ETO Normandie f°64v (©BNF)
      Les lambels, les bordures et les bâtons ont un rôle dédié de brisure, même si on rencontre exceptionnellement le lambel dans la fonction de figure principale. Cela explique que, si l’on rencontre un écu avec une bordure seule, on est en droit de se demander s'il s'agit un écu dont le dessin aurait été inachevé.

     L’écu 641 (Vendôme) est un rappel des brisures des tout premiers temps de l’héraldique (XIIe-XIIIe s.). Brault mentionne des brisures d’armes “au lion” par l’ajout d’une figure comme la quintefeuille ou la fleur de lis chargeant l’épaule (figures théoriques 148 et 149).
brisure à l'aide d'une fleur de lis chargeant l’épaule, "d'argent au chef de gueules, au lion d'azur,
l'épaule chargée d'une fleur de lis d'or, brochant sur le tout", Geoffroy de 
Vendôme, LBR 641 (©AN)

brisure à l'aide d'une quintefeuille chargeant l'épaule, d'après BRAU 148
brisure à l'aide d'une fleur de lis chargeant l'épaule, d'après BRAU 149
     Les surbrisures sont un système de différenciation supplémentaire : un lambel pourra être besanté ou châtelé [chargé de besants ou de châteaux] un bâton pourra être componé [découpé en rectangles de couleurs alternées] chargé de coquilles, un quartier chargé d’une croix, une bordure besantée

     Il semblerait qu’autrefois chaque figure avait sa propre brisure (la croix était chargée de cinq figures, les fasces et les bandes étaient brisées en les chargeant de trois figures identiques, les figures principales subissaient un changement de couleur, etc.), multiplicité qui a abouti à donner la primauté à quelques modes de brisures, tels le lambel, la bordure ou le bâton.
     Parmi toutes les brisures, celle portée par le fils aîné a une place à part : c’est une brisure éphémère. Elle n’est portée que du vivant du père. Elle est censée, de ce fait, briser des armes pleines (entières), ce qui est souvent le cas dans l'armorial Le Breton. Elle prend la forme principalement du lambel, forme qui subsistera au fil du temps en restant vivante dans les principautés souveraines.
     Les variantes de brisures, placées en chef comme le lambel, sont la fasce vivrée et le quartier – ou une figure miniature, comme un lionceau, placée à la dextre du chef. Une autre brisure se rencontre à cette époque, c’est le bâton. On le voit à différentes étapes de son évolution, depuis la bande brochante jusqu’au bâton filiforme, en passant par la bande componée ou chargée de figures, plus étroite que la normale. Il n’a pas encore évolué en bâton péri qui, plus tard, de bande très étroite, perdra plus de la moitié de sa longueur pour distinguer, discrètement, les armes des princes de sang royal.
brisure avec un lambel, "de gueules à trois pals de vair, au chef d'or, au lambel (5) de gueules", 
Blois, branche cadette de la maison de Châtillon, LBR 318 (©AN)
brisure avec une fasce vivrée placée en chef, "de gueules à trois pals de vair, au chef d'or chargé
d'une fasce vivrée de gueules", 
Châtillon, branche des sgr d’Autrêches, LBR 319 (©AN)

brisure avec un franc-quartier, "d'or à la croix de gueules cantonnée de seize aiglettes d'azur, au quartier d'argent chargé d'une étoile de sable", Érard de Montmorency [cadet de Mathieu IV de Montmorency], LBR 184 (©AN)
brisure par modification de la bordure, "échiqueté d'or et d'azur, à la bordure engrêlée de gueules",
Robert II de 
Dreux [fils posthume de Robert Ier de Dreux], LBR 200 (©AN)
      Beaucoup de brisures subsistent dans les armes actuelles mais elles ne sont plus perçues en tant que telles depuis longtemps.

Pour aller plus loin - différencier armes d'alliances, brisures et lien de vassalité
Il est important de veiller à ne pas confondre différentes combinaisons d'armes :

• à côté des brisures utilisées pour différencier les branches d’une même famille,
chef d'armes : "d'or à une bande d'azur", Le sire de Trie, ETO France (©BNF)
brisure : "d'or à un bande d'azur chargée de trois annelets d'argent", Renaud de Trie, ETO France (©BNF)
 [armes de Renaud du vivant de son père]

brisure + alliance : "d'or à la bande componée d'argent et d'azur bordée de gueules",
Renaud de Trie, LBR 198 (©AN) (combinaision des armes de la famille de Trie et
de la famille Dammartin) [armes de Renaud après son mariage avec Mahaut de Dammartin]
• on trouve des alliances entre familles représentées à l'aide d'un parti (comme dans LBR180) ou, ultérieurement, à l'aide d'un écartelé,
"parti, au 1, d’azur à cinq [mis pour sept] besants d’or, les trois à senestre mouvant du trait du parti,
au chef du même chargé d’un lion issant de gueules (Melun) ; au 2, fascé d’argent et d’azur,
 à trois chevrons de gueules (La Rochefoucauld)", Simon de 
Melun (4e fils d'Adam de Melun), LBR 180* (©AN)

"d’azur à cinq sept besants d’or, au chef du même chargé d’un lion issant de gueules",
Adam IV de 
Melun, LBR 197 (©AN)

"burelé d'argent et d'azur, à trois chevrons de gueules brochant, le premier écimé", 
La Rochefoucault (d'après Boos 214)
*Ces armes (LBR 180), modifiées ultérieurement (repeintes au XVe s.) sont en fait celles de Charles de Melun, qui épousa Anne Philippe de La Rochefoucauld. Les sceaux de Charles ne représentaient pourtant que les armes de Melun brisées d'un lion issant sur le chef - Les armes originelles de Simon de Melun auraient dû être "d'azur à sept besants d'or, au chef d'or chargé de trois (ou quatre) merlettes de gueules".

• et des marques de lien de vassalité (dans LBR192 sous la forme de l'ajout d’un canton comportant un écusson aux armes du suzerain).
"d’argent à la croix de gueules cantonnée d’un orle de merlettes du même, au franc-quartier d’argent chargé d’un écusson fascé d’argent et d’azur à la bordure de gueules [Dammartin]", Renaud, sgr de Mitry(-Mory), LBR 192 (©AN)
"fascé d'argent et d'azur, à la bordure de gueules", le comte de Dammartin, ETO France (©BNF)
     Le parti d'alliance a eu, dans les marches qui deviendront la France, une durée de vie relativement courte en tant que support d’armes d’alliance : si l’on observe l’écu LBR180, on s’aperçoit qu’on trouve à gauche les armes de la famille Melun, mais seulement pour moitié et la portion n’est pas respectée en chef, car une moitié de haut de lion aurait été difficilement reconnaissable. Dans la partie de droite, La Rochefoucauld, il a été impossible de mettre des moitiés de chevrons, ce qui les aurait visuellement transformées en bandes, d’où leur représentation complète mais peinte en traits fins pour tenir compte du peu de largeur disponible. Pour ces raisons, l’usage a donné la faveur à l’écartelé, plus aisé à remplir au niveau du dessin et permettant une identification plus sûre.

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