dimanche 27 mai 2012

L'éléphant de la famille Helfenstein (Souabe)

Dans le monde de l'héraldique germanique, la figure de l'éléphant est très intimement liée à la famille Helfenstein.
Les armes parlantes de cette famille sont très tôt connues puisqu'on les rencontre déjà dans le rôle d'armes de Zurich (Helfen, mot proche phonétiquement de Elefant "éléphant" et Stein "pierre, rocher, mont").
"un éléphant sur un mont alésé", détail de la pierre tombale
d'Adelheid von Helfenstein, 1356 (©Andreas Praefcke)
  • La langue
  • Les images
• La langue
olifant en AF (Brault), elephant chez BARA (1579) et éléphant depuis VEYR.
trompe ou trompe d'elephant chez PALL (1660) et chez Furetiere (1690), proboscide à partir de BARA (1579).
  L’éléphant surmonté d’une construction (tour habituellement) est une image qui remonte loin dans le temps :

“According to medieval lore: "The Persians and Indians place wooden towers on them and fight with javelins as if from a wall" (McCulloch, p. 116)” (BRAU:248).
  On retrouve cette représentation dans les pièces anciennes du jeu d’échecs.
  olifant n’était pas utilisé en héraldique pour qualifier un cor de chasse. E. de Boos signale le terme orifant qu’il considère comme impropre.
  Les proboscides – représentation de la trompe d’éléphant, souvent par paire – sont rares à l’intérieur des écus, mais très fréquents comme cimiers, surtout dans le monde germanique qui les traduit par "cornes de buffle" (Büfferhörner, cf. ci-dessous). Par ailleurs, il est intéressant de noter que si, en français courant, le proboscide est féminin, en héraldique il est parfois attesté au masculin, comme chez Bara (1581) et chez E. de Boos (2001). Il est vrai que c'est une figure rare et employée souvent au pluriel, ce qui ne permet pas de deviner son genre au singulier. En outre, les auteurs d'ouvrages sur l'héraldique oublient souvent d'indiquer le genre des substantifs spécifiques à la langue du blason.
  L'étymologie est, selon le CNRTL :
olifant : v. 1100 ; de olifant "éléphant" ; du lat. elephantus.
éléphant : 1121 ; du lat. elephantus ; du gr. ἐλέφας, -αντος.
proboscide : 1544 ; du lat. proboscis, -idis "museau, mufle ; trompe (d’éléphant)" ; du gr. προβοσκίς "trompe d’éléphant, de mouche".

  • olifant [Au Moy. Âge] Petit cor d’ivoire, taillé dans une défense d’éléphant. v. 1100 "ivoire" ; id. "cor".
••• Par synecdoque de olifant "éléphant" v. 1165, forme plus pop. en a.fr. que éléphant, empr. au lat. elephantus, gr. ἐλέφας, -αντος qui connaissent également le sens de "ivoire". •••
  • éléphant
1. 1121 elefant ; 2. 1825 p. ext. "personne à la démarche lourde et peu gracieuse" ; 3. 1560 elephant de mer.
••• Empr. au lat. elephantus « éléphant », en a.fr. on rencontre plus souvent la forme olifant. •••
  • proboscide, subst. fém.
1. a) 1544 "trompe (d’éléphant)" ; b) 1581 hérald. (Bara, Le Blason des armoiries d’apr. FEW t.9, p. 408a) ; 2. 1845 entomol.
••• Empr. au lat. proboscis, -idis "museau, mufle", "trompe (d’éléphant)", gr. προβοσκίς "trompe d’éléphant, de mouche". •••
[FRA éléphant ; ENG elephant ; DEU Elefant ; ESP elefante ; ITA elefante]
[FRA proboscide ; ENG proboscis ou trunk ; DEU Büffelhörner ; NED slurf ; ESP trompa de elefante ; ITA proboscide]


• Les images
  Ce sont des images 
majoritairement germaniques, tirées d'armoriaux. On trouve une exception, gravée sur une pierre tombale.
1335-45 -- "de gueules à l’éléphant d’argent, posé sur un mont alésé d’or",
Helfenstein, ZUR 79 (d'après Boos 79). L'original peut être consulté sur le site d'un particulier).
1356 -- "un éléphant sur un mont alésé", détail de la pierre tombale d'Adelheid von Helfenstein,
Kapitelsaal, Kloster Blaubeuren (©Andreas Praefcke, Wikipedia)
[1430-1461?] --  "de gueules à l’éléphant d’argent, posé sur une terrasse de sinople", Helfenstein (dans planches d'un armorial non identifié, peut-être marches septentrionales de ETO ; recueil vendu à l'hôtel Drouot en 2009)
1452-1459 -- "de gueules à l’éléphant d’argent, posé sur un mont d’or", Schweikart von Helfenstein (voir ici)
Armorial de Hans Ingeram f°90 (fac-similé via Wikimedia Commons)
1466 -- "de gueules à l’éléphant contourné* d’argent, posé sur un mont d’or",
Helfenstein, Ortenburger Wappenbuch (= BSB Cod.icon. 308u), f°134v (©Bayerische StaatsBibliothek)
1466-70 -- "de gueules à l’éléphant d’argent, posé sur un mont alésé d’or", Graf von Helfenstein (Souabe), Wappenbuch von Hans Haggenberg (= Cod. Sang. 1084), f°216 (©St. Gallen, Stiftsbibliothek - e-codices)
v. 1480 -- "de gueules à l’éléphant d’argent, posé sur un mont alésé d’or", Helfenstein, Konrad Grünenberg, Wappenbuch (copie de 1602-04, image 284 = BSB Cgm 9210) (©Bayerische StaatsBibliothek)
1490-1540 -- "de gueules à l’éléphant contourné d’argent, posé sur un mont d’or",
Helfenstein, Anton Tirol, Wappenbuch (= BSB Cod.icon. 310), f°52v (©Bayerische StaatsBibliothek)
N.B. Le fait d'être contourné, pour une figure, n'est pas significatif en héraldique germanique. L'éléphant peut être contourné par courtoisie : on tourne la figure de l'écu pour qu'elle ne tourne pas le dos à la figure d'un autre écu, soit celui du conjoint (épouse ou mari), soit celui d'une alliance représentant une famille importante ou connue, soit encore celui du suzerain. L'écu peut être contourné pour des raisons esthétiques ou autres encore, difficiles à deviner.

Pour aller plus loin - Autres sources d'illustrations
On trouve chez Steen Clemmensen, dans son édition de l'armorial de Conrad Grünenberg (2009) -- site Armorials, lien à gauche "German armorials", les informations suivantes :
1335-1345, Zürcher Wappenrolle = Le rôle d'armes de Zurich -- ZUR:79; [voir ci-dessus]
1400-1440, Armorial Uffenbach -- UFF:167; [= f°23v1, voir sur le site Armorials]
1424-1430, Ulrich Richtenthal's Chronik des Konzils zu Konstanz -- KCR:740; [= BSB Ms Rare. 335 :  t8b = ULB Richental, Concilium zu Konstanz : bild 380]
1430-1446, Stuttgarter Wappenbuch -- STU:43
1433-1434, Donaueschinger Wappenbuch -- DWF:126;
1440-1450, Armorial Lyncenich = Armorial Gymnich -- LYN:445;
1449-1456, Bergshammarvapenboken -- BHM:152;
1452-1459, Hans Ingeram Wappenbuch -- ING:296; [voir ci-dessus]
1486-1500, Miltenberg Wappenbuch -- MIL:534;
1499-1504, Jörg Rugen Wappenbuch -- RUG:1026;
1605, Siebmacher's Wappenbuch, Das neue Siebmacher-- Sieb 23/6.2:t3; [sur Wikipedia Commons, ici]
1990-2010, Schwennike & al., Europaische Stammtafeln (Neue Folge) -- ESNF 12:58;
1996, Handbuch der historischen Städten Deutschlands -- HHStD 6:884.
 

  Je renvoie l'amateur d'images d'éléphants au blog d'Herald Dick qui a traité du sujet tout au long de quatre billets : 1. Elephas heraldicus europae ; 2. Elephas heraldicus castellophorus ;  3. Elephas heraldicus italiae ;  4. L'éléphant, dernières rencontres.
Comme l'a fait remarquer Herald Dick, la représentation des éléphants n'est pas très respectueuse de leur morphologie au niveau de la position des défenses (voir ci-dessous) et de l'articulation des pattes arrière.
Comparaison entre l'éléphant d'Asie et celui d'Afrique
(source : Meyers, Meyers Konversationslexikon, 1885-90, Bibliographisches Institut, vol. 5, p. 509.
Fac-similé de l'édition de 1905 (autre pagination...)
sur le site de Zeno.org, der größten deutschsprachigen Volltextbibliothek.
Présentation de l'ensemble de l'ouvrage sur Wikimedia Commons)
N.B. L'échelle entre les deux individus présentés ci-dessus n'est pas respectée, l'éléphant d'Asie étant plus petit que celui d'Afrique.

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