mercredi 31 octobre 2012

La maison de Rethel : Halloween au Moyen Âge ?

Non, cette image n'a aucun lien avec Halloween (fête correspondant à l'origine au nouvel an celtique, largement adoptée depuis dans le monde anglo-saxon).
   Ces espèces de chauves-souris sont en fait la stylisation de fers de râteaux utilisés comme figures héraldiques (les manches des râteaux ne sont habituellement pas représentés dans les armoiries).
Rethel, Champagne, 1405
[écu transformé en bannière ; cf. l'original ci-dessous]
   Ces images sont aussi des "armes parlantes". En effet, le nom de famille "Rethel" a été emblématisé grâce à un fer de râteau. L'explication se trouve dans l'étymologie du mot "râteau" : ce terme apparaît en ancien français, vers 1180-90, sous la forme rastel, avec une variante rasteau en 1473, pour prendre ensuite sa forme définitive. L'ancien français avait emprunté la forme rastel au latin rastellus, lui-même diminutif de raster "hoyau, bêche, râteau" (cf. le site du CNRTL et le Dictionnaire de Moyen Français (DMF) . 
   Le nom s'éteignit en 1290 quand la dernière héritière, Jeanne, se maria avec Louis de Flandre. Le titre fut porté – ce qui est surprenant pour nos mentalités actuelles – par le parâtre de Jeanne (Nicolas des Armoises, sgr de Charbogne, deuxième mari de sa mère), en tant que tuteur de la jeune fille.
   Les armes sont présentes ultérieurement dans les armoriaux pour illustrer l'une des douze pairies de France (même quand elles sont "virtuelles" car vacantes).

-- vers 1250 - Empreinte de sceau
"deux râteaux", sceau de Gaucher, comte de Rethel
ADMR 56 H 334/1)
   Personnage vivant déjà en 1244 et décédé en 1262.

-- 1292-1295 - Rethel, Armorial Le Breton (LBR)
"de gueules à deux râteaux d'or", Hughes IV de Rethel,
LBR pl. 27, 325 (©Archives Nationales)
   E. de Boos (2004) : "Hugues IV (†1276), comte de Rethel. Fils de Manassès de Rethel (†1273), comte de Rethel (1251) à la suite de ses frères Hugues et Gaucher, et de dame Isabeau. 
   Il épousa Isabeau de Grandpré, fille d'Henri VI, comte de Grandpré, et d'Isabeau de Brienne Ramerupt, laquelle se remaria avec Nicolas des Armoises, seigneur de Charbogne (n°424). En 1277, elle fit le contrat de mariage de sa fille Jeanne, encore enfant, héritière du comté de Rethel, avec Louis de Flandre, dit de Nevers, fils de Robert de Flandre (n°618), comte de Nevers par sa femme Yolande de Bourgogne, préparant ainsi le lien des comtés de Nevers et de Rethel."

-- 1364-1390 - rethel, Armorial Bellenville (BEL)
retel … retel, "de gueules à deux râteaux d'or",
Le comte de Rethel, BEL f° 1, 17 (©BNF)
   M. Pastoureau et M. Popoff (2004) : "de gueules à deux râteaux d'or". Rethel, comté-pairie, est possession de Louis III de Mâle, comte de Flandre, petit-fils de Philippe V le Long (1347-1384). L'ancienne maison de Rethel s'éteint en 1290 à la mort d'Hugues IV dont la fille Jeanne épouse Louis I de Flandre."

-- 1370-1386 - v. Reteerst [Rethel] / v. Retheers, Armorial de Gelre (GEL)
v. Reteerst, "de gueules à deux râteaux d'or", armes du comte de Rethel,
vassal du roi de France, f°49r ou n°396 (©KBR) [p. 81]
v. Retheers, "de gueules à trois râteaux d'or", bannière du comté de Rethel,
marche de Flandre, f°80r ou n°926 (©KBR) [p. 135]
-- 1375 - Retay (?), Armorial du héraut Navarre (NAV)
Retay(?), "de gueules à deux râteaux d'or",
Rethel, Armorial du héraut Navarre, f°36v (©BNF)
-- 1405 - Reteers, Wapenboek Beyeren (BEJ)
die greue van Reteers, "de gueules à trois râteaux d’or",
Le comte de Rethel, marche de Flandre, BEJ f°1v (©KB)
-- 1450 - Retel, Armorial Coislin-Séguier (CSG)
Le comte de Retel, "de gueules à trois râteaux d'or",
Armorial Coislin-Séguier, f°20r (©BNF)
-- 1456 - Retel, LA SALE (Antoine de), Le petit Jehan de Saintré
Le Conte de Retel de geulles à trois ratheaux dor desmanchiez et chascun de six dens de meismes.
Et crye Retel
, LA SALE (Antoine de), 1456, Le petit Jehan de Saintré,
manuscrit original sur Gallica, f°112r (©BNF)
-- 1490-1500 - Retelz, Armorial de France et du sud des Pays-Bas (KB 128 E 20)
Le Conte de retelz de geullez a troys ratiaulx dor sans mance mis en pal,
Ms 128 E 20 [Armorial de France et du sud des Pays-Bas], f° 3v (©KB, La Hague)
-- v. 1558 - Rethel, Universeel wapenboek (KIK-IRPA Ms 20013031)
Le Conte de Rethel, "de gueules à trois râteaux d'or",
Universeel Wapenboek, clichés n° KM1096 et KM1154 (©KIK-IRPA)
-- 1560 - Rethel, Armorial Le Blancq (LBQ)
Le conte de Rethel porte de guelles a deux rateaux dor,
Armorial Le Blancq, marche de Champagne f°19 (©BNF)
-- 1579 à 1887, le comté de Rethel / Rhetel dans les Traités de blason
1579, Rotel, de gueulles, à trois testes de rateaux endentez d'or,
Hierosme de BARA, Le blason des armoiries…, p. 230.
1644, Rhetel, de gueules à trois rasteaux d'or sans manche,
Marc Vulson de La Colombière, La science héroïque..., p. 170, ill. n°29
1660, Le Comté de Rhetel, porte de gueules à trois Rateaux d'or,
Pierre Palliot, La vraie et parfaite science des armoiries, p. 565, ill. I sous la notice Rateau.
1887, Le comte de Rhetel portait : de gueules à trois rateaux d'or sans manche mis en fasce et crie : Retels !,
Victor Bouton, Nouveau traité des armoiries […] p. 547, ill. n° 831.
   Et quelques mentions sans illustration : -- 1861, Rethel (V) [pour ville] - de gueules, à un R d'argent, accompagné de trois rateaux d'or, deux en chef et un en pointe. Champagne, Grandmaison (Charles de), Dictionnaire héraldique, col. 484. -- 1861, Réthel - Bret. Champ. De gu à trois peignes d'or, les dents en bas, Johannes-Baptista Rietstap, Armorial général..., p. 555 [illustré néanmoins en 1903-1926 par V. et H. Rolland, Armorial général illustré, vol. 5, pl. CIL sous la forme de trois râteaux posés 2 et 1].
   N.B. À noter la disposition, peu habituelle pour les armes de cette famille, des fers de râteaux, 2 et 1, là où traditionnellement, ils étaient posés l'un au-dessus de l'autre. Cette "nouvelle" disposition a malheureusement été reprise dans la majorité des représentations modernes.

-- vers 1850 - ville de Rethel, gare de l'Est, Paris
Rethel, "de gueules à trois râteaux d’or", La ville de Rethel,
armes sculptées dans la pierre en haut d'un pilier métallique,
gare de l'Est, Paris (©mfdudu, cliché ici)
• Références bibliographiques spécifiques -- LABANDE (L.-H.), 1914, Trésor des chartes du comté de Rethel, Paris, Picard. (compte rendu par M. Prinet en ligne) [n°96-101] -- LA SALE (Antoine de), 1456, Histoire du petit Jean de Saintré, Ms Fr NAF 10057 (manuscrit original, avec corrections et additions autographes, consultable sur Gallica) -- LA SALE (Antoine de), 2005 (2nde éd.), Jehan de Saintré, Paris, Le Livre de Poche (Lettres gothiques), 561 p. [édition par Joël Blanchard et Michel Quereuil] -- LOUTSCH (Jean-Claude), 1983, Emprunts d'armoiries entre parents et alliés au début du XIIIe siècle, Origine des armoiries, Paris, Le Léopard d'Or, p. 81-95. -- POPOFF (Michel) (ed.), L'armorial Le Blancq, Histoire & Généalogie du n°21 (janvier-février 1989) au n°36 (juillet-août 1991) [notice 148 dans le n° 21 p. 35] -- SAIGE (Gustave) et LACAILLE (Henri) eds, 1902-, Trésor des chartes du comté de Rethel, Monaco, Impr. de Monaco. -- Sceaux extraits du trésor des chartes du comté de Rethel - Catalogue des moulages exposés au pavillon de Monaco, à l'Exposition universelle, 1889, Monaco, Impr. de Monaco. (en ligne) -- STOKVIS (Anthony), 1888-1893, Manuel d'Histoire, de Généalogie et de Chronologie de tous les États du Globe, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, 3 vol. [vol. II, chap. II, tableau n° 21]. (le volume II est entièrement consultable sur le site de la Foundation for Medieval Genealogy) -- TAYLOR (Jane H.M.), 1996, La fonction de la croisade dans "Jehan de Saintré", Cahiers de recherches Médiévales et Humanistes 1996 (1) "Croisades et idée de croisade à la fin du Moyen Âge", p. 193-204. (en ligne)

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